Imprimer Revue EP&S n°118 - Janvier 1972

AU DELA DES JEUX

  • Dossier : J.O. DE MUNICH 1972
  • Marceau CRESPIIM
  • Code : 70118-58
  • JEUX OLYMPIQUES ? MUNICH 1972

Tokyo. Mexico. Munich. Les villes changent. La flamme court autour de la Terre et déjà elle a pris le chemin de Montréal. Les dix-septième Jeux d'été de la XXe Olympiade m'auront laissé des sentiments très mêlés, qui pourraient se résumer ainsi : nous avons vu de grandes choses, nous avons vécu des minutes émouvantes, mais l'idée olympique est menacée.
Depuis longtemps, je considère qu'on peut se poser la question de savoir si notre pays doit ou non participer. Et si je le dis, ce n'est nullement ? bien qu'on se soit fait évidemment un malicieux plaisir de l'interpréter de cette manière ? parce que la lutte est difficile, de plus en plus difficile, pour nos athlètes ; mais parce que des problèmes de principe se posent : les cartes distribuées au départ sont-elles égales et surtout le climat moral des Jeux tels qu'ils sont devenus, peut-il apporter quelque chose aux jeunes sportifs ?
Cela vaut-il la peine de se préparer durant des années pour tout jouer en quelques minutes, parfois en quelques secondes ?
Tout bien pesé, je réponds oui. Car il est vital, à notre époque qu'existent des domaines où l'on aille au bout de sa passion : le sport reste un de ceux-là.
Alors, Munich ? Une organisation tellement perfectionnée, des installations si extraordinaires, un public si dense, qu'il sera difficile de faire mieux dans ces ordres d'idées. Mais à Montréal les Français seront si fraternellement accueillis, et les conceptions du Président du Comité d'Organisation, le Maire de la Ville, M. Drapeau, paraissent tellement saines, que l'on se prend à espérer le retour à des Jeux dépouillés de tout décorum superflu, de toute lourdeur inutile. Toujours est-il que la tâche de nos amis canadiens ne s'annonce pas aisée.
Celle du sport français non plus, au cas où il s'alignerait au départ. A Munich et à Kiel, nous avons compte tenu du niveau des compétitions réussi à nous faire notre place : mais la concurrence devient de plus en plus rude. C'est évidemment la conclusion que l'on peut tirer sans ambages des textes de nos Directeurs techniques nationaux et autres responsables techniques que ce numéro d'« Education Physique et Sport » a la salubre idée de réunir, comme le numéro 96-97 de janvier-mars 1969 le fit après les Jeux de Mexico ? et la comparaison des analyses, distantes de quatre années, est évidemment fort instructive.

QUE DEMEURE « LA FETE QUADRIENNALE » VOULUE PAR COUBERTIN

Cette concurrence de plus en plus rude est dans la logique des choses, puisque les Jeux d'été de 1972 ont groupé les représentants de 120 nations, chiffre encore jamais atteint. L'olympisme, lui, est en apparence vainqueur, la partie semble gagnée pour l'idée que Pierre de Coubertin eut tant de mal à imposer de par le monde. Voire... Le « spectacle » olympique a pris de telles dimensions, notamment à cause du phénomène de diffusion télévisée à près d'un milliard d'êtres humains, que le côté « spectaculaire » justement, est en train de déborder l'aspect purement sportif. Athlètes, mais plus encore entraîneurs, accompagnateurs, juges, arbitres, officiels, presse écrite et audio-visuelle, forment désormais tous les quatre ans une population migrante d'une telle densité qu'elle nécessite la construction « ad hoc » de villes entières qui, non plus que les installations sportives spécifiques, ne sont toujours facile à utiliser dans la vie courante, une fois que les fastes olympiques s'achèvent.
Mais les Jeux olympiques n'en demeurent pas moins l'une des plus belles fêtes du genre humain ; c'est peut-être même la seule qui réunisse véritablement les hommes de façon tangible, concrète. Les Jeux sont une occasion d'enthousiasme, de luttes passionnantes et pour beaucoup, de dévouement à des tâches obscures : que ces quelques lignes soient à ce propos une occasion pour moi de remercier de tout coeur, comme il y a 8 ans après Innsbruck et Tokyo, comme il y a 4 ans après Grenoble et Mexico, et comme au début de cette année 1 972 après Sapporo, tous ceux qui pendant des mois et des mois ont donné leur temps et leur peine, pour forger l'Equipe de France et l'entourer de leur mieux afin qu'elle se présente au départ des compétitions dans les meilleures conditions possibles.
Que sera pous nous Montréal, si nous y sommes présents ? Nul aujourd'hui ne saurait le dire. Mais ce que je sais, c'est que déjà notre attaché olympique a quitté Munich pour s'envoler vers Montréal, c'est que déjà nous nous tournons vers cet avenir. « Le droit et le pouvoir de rêver sont essentiels à l'homme », disait en octobre 1968 le sauteur en longueur soviétique Igor Ter-Ovanesian durant une causerie effectuée, quelques jours avant le début de sa compétition, lors de la Conférence Internationale « Sport et Education » tenue à Mexico même... Déjà plusieurs athlètes français, dont certains sont peut-être encore des inconnus, croient en leurs chances et préparent leur corps et leur esprit à ce que seront les 18e Jeux d'été de la XXIe olympiade. Rêver au plus bel avenir est effectivement « le droit » de tout sportif.
Je souhaite à tous, et à chacun, qu'à Montréal leur voeu le plus cher prenne vie.

L'auteur : Marceau CRESPIIM

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