Imprimer Revue EP&S n°2 - Janvier 1950

Le Congrès de la Ligue Française d'Education Physique

  • par le Docteur H. BALLAND
  • Code : 70002-40

Il nous est agréable de rendre compte de ces journées, passées du 11 au 15 septembre au Centre Régional d'Education Physique de Monadey, près de Bordeaux, et de noter le plaisir qu'éprouvent toujours à se rencontrer, au cours de ces Congrès de la Ligue Française, les Educateurs physiques, les Médecins et ceux des Universitaires pour lesquels le corps humain prend sa place comme condition nécessaire de l'esprit.
C'est dans une atmosphère de camaraderie et de travail qu'ont été étudiées les questions dont nous donnons ici un résumé rapide, laissant de côté toutes celles qui sont de pure administration.
La classification des enfants et adolescents en vue de l'Education physique a longuement retenu l'attention. (Rapporteur Dr Dupond de Niort.)
La division en quatre groupes semble devoir être conservée ; le groupe I étant réservé à de rares sujets d'élite dont le développement se poursuit avec une régularité telle qu'il pourrait, à la rigueur, se passer de toute éducation physique organisée et faire directement du sport contrôlé ; ce groupe a plutôt une valeur statistique.
Entre le groupe 2 et le groupe 3, les frontières ne sont pas uniquement tracées par l'aspect morphologique des enfants ; les conditions fonctionnelles jouent. D'autre part, dans les trop nombreuses localités qui ne possèdent pas les ressources nécessaires en Education physique, on est bien obligé d'élargir le groupe 2 au détriment du 3 et de faire ainsi un groupe 2-3. Il est à noter d'ailleurs, comme l'a fait remarquer le Dr Fournié, que, si l'instituteur ou le professeur règle le niveau de son cours sur la force moyenne de la classe, le maître d'Education physique est obligé de le régler sur le niveau des plus faibles.
Le Dr Balland précise qu'avant 14 ans, les indications morphologiques sont en général superposables à la physiologie. Autrement dit, l'aspect morpho-statique et les performances seraient concordants. Par contre, après la puberté, un certain nombre de sujets se resaisissent et leurs possibilités physiologiques peuvent être beaucoup plus favorables que leur aspect morphologique ne l'indique. Dans ces conditions, il n'est pas logique de priver ces sujets des bénéfices d'une éducation sportive surveillée et, dans les villes où il n'y a pas possibilité d'organiser le groupe 3, il est préférable de les classer en 2 avec certaines directives spéciales.
La discussion sur la contraction musculaire résuma surtout les notions bien établies. On tend de plus en plus aujourd'hui à faire jouer au cortex cérébral et à la conduction nerveuse un rôle important dans la contraction musculaire, et nous pensons personnellement que ces notions sont susceptibles de faire progresser la technique gymnique.
C'est dans cet ordre d'idées que se placent les belles expériences du professeur Delmas-Marsalet, trop complexes pour être rapportées ici.
Le Dr Piédallu a fourni une étude extrêmement documentée sur les modifications statiques de l'articulation sacro-illiaque, sujet absolument nouveau pour les médecins médecins rompus aux disciplines classiques. L'attitude prudente de la Ligue fit adopter comme conclusion de ce rapport que, si les luxations sacro-illiaques pouvaient jouer un rôle certain dans quelques scolioses statiques, le diagnostic réclamait un sens critique très averti et qu'il convenait de poursuivre l'étude de cette intéressante question.
Quant au traitement des scolioses, les interventions du professeur Debeyre, des docteurs Fournié, Piédallu et Balland montrèrent qu'on doit tendre de plus en plus à mettre les sujets dans un climat favorable, à traiter l'état général qui représente la condition première du succès. Le traitement gymnique est toujours délicat et réclame une compétence étendue ; tel enfant se redresse par le simple repos et s'effondre, au contraire, par un traitement gymnique mal compris. Comme l'a fait remarquer le Dr Balland, la conception moderne du traitement gymnique des scolioses a de beaucoup dépassé le stade mécanique. C'est l'étape « corticale », ce qu'il a appelé la prise de conscience, qui en est l'acte essentiel. On ne peut espérer des redressements permanents avec une simple gymnastique de compensation musculaire, pas plus qu'avec une gymnastique active ou passive, d'où la prise de conscience des positions segmentaires est exclue. Par contre, deux ou trois exercices simples, aussi exacts que possible, opèrent sur les segments déplacés des tractions musculaires dont la répétition presque permanente assure le redressement vertébral et le renforcement du tonus statique, en même temps que l'établissement de nouvelles coordinations dans tous les actes de la vie courante.
Le travail de la Commission de Rééducation physique, présidée par M. Petat, fut aussi extrêmement intéressant.
Mention spéciale pour le professeur Hivert, de Brest, qui nous exposa avec humour comment il obtint la collaboration des instituteurs de la ville, dans la proportion de 95 %, pour la pratique quotidienne d'exercices gymniques aussi simples qu'efficaces.
Signalons pour terminer le très beau rapport de M. Berthoumieu sur l'organisation sportive et l'appel vibrant de Seurin pour une collaboration effective de tous en vue d'une éducation physique complète et méthodique. Le « match » attendu entre nos deux excellents amis Seurin et Lagisquet, dont nous connaissons les positions différentes sur ce grave problème, prit, en fait, l'allure d'un débat très élevé. Une salle de techniciens hautement qualifiés suivit avec une attention soutenue une discussion entre le progressiste Lagisquet, Seurin, résumant la prudence classique, et Vinot, pédagogue de l'avenir. Le moins qu'on puisse en dire est qu'elle fit honneur au corps des professeurs d'Education physique présents à la Ligue Française, montrant bien leur partait détachement de toute préoccupation personnelle dans la recherche de la vérité scientifique et de son application pratique.
En somme, quatre belles et fructueuses journées qui, vraisemblablement, se renouvelleront l'an prochain dans la bonne ville de Toulouse.

L'auteur : par le Docteur H. BALLAND

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