Imprimer FEVRIER 1972-Revue EP&S n°113 - JANVIER

1972 - ANNEE OLYMPIQUE !
Tribune libre

  • André BOURREAU
  • Code : 70113-11

E N ce début d'année olympique, l'élite sportive française, dans sa quasi totalité se présente dans le concert international. Dans le même temps, différents courants animent les milieux sportifs spécialisés ; des groupes s'affrontent, des théories s'opposent.
Doit-on encourager le sport de masse ou favoriser le sport d'élite ? Pourquoi existe-t-il un fossé entre le sport scolaire et le sport civil ? Quel doit être le rôle des professeurs d'E.P.S. dans les activités sportives ?
etc.
Ces quelques notes voudraient montrer en quoi 1972 peut être une année importante dans la vie sportive française.
Et d'abord, la France est-elle sportive ?
Lorsqu'on présente un panorama du sport, on établit généralement un bilan... auquel on fait dire ce que l'on veut. Du genre : positif :
? cinq millions de licenciés représentent approximativement 10 % de la population française? 46 fédérations ont délégation de pouvoirs? 7 fédérations affinitaires? 3 fédérations scolaires et universitaires? 83 097 clubs sportifs? une progression annuelle de l'ordre de 7 % du chiffre total des licenciés...
négatif :
? 90 % des français n'adhèrent pas à une fédération sportive? 50 % des élèves seraient dispensés d'E.P.S. (pourcentage avancé dans une récente conférence de presse de M. le Président de la République)? le budget du S.E.J.S.L. représente 0,67 % du budget national? un sous-développement en matière d'équipement sportif? l'élite française « s'essoufle », si l'on en croit la presse...
Ces tableaux, aux couleurs gaies ou sombres, ont peu de signification. Il s'agirait plutôt de déterminer les causes avec lucidité pour tenter d'apporter les remèdes.
Par exemple :
On assiste à un cloisonnement préjudiciable des activités sportives qui sont réparties en différents endroits et à différentes périodes.
Chaque organisme gère son domaine avec des méthodes qui lui sont propres, souvent artisanales faute de moyens, suivant une politique, qui, si elle est définie, ne s'inscrit pas dans une ligne générale de portée nationale, souvent inexistante elle aussi.
La lourdeur de l'administration, le manque quasi total d'études prospectives sont autant d'éléments qui complètent le tableau et mettent en évidence ces freins puissants qui ralentissent le développement du sport en France.
Nous lisons dans le rapport du Secrétaire Général à l'Assemblée annuelle du C.O.F. de septembre 1971 : « On veut donner à un jeune une casquette scolaire s'il joue le jeudi, civile, s'il joue le dimanche... et on arrive à une ignorance, voire une opposition, entre ceux qui s'occupent des mêmes jeunes selon le temps et le lieu de leurs activités... Nous ; dirigeants sportifs, nous devons refuser ces découpages et ces concurrences qui créent de faux problèmes... LE SPORT est UN ».
Pourtant, la période actuelle donne, semble-t-il, une chance au sport français, s'il s'inscrit dans un contexte général favorable à une réorganisation
Ainsi :
Pourquoi la remise en question permanente qui touche tous les secteurs ne s'installerait-elle pas dans le domaine sportif ?
Comment les méthodes qui réussissent au secteur privé ? et les moyens qu'il se donne ? peuvent-elles être adaptées au secteur public sans décalage néfaste ni retard préjudiciable ?
Que ne fait-on le constat exact du développement de plus en plus grand des activités sportives de loisirs ?
Que ne met-on en pratique les notions d'éducation permanente et d'école ouverte, ici et là prônées ?
Que ne tient-on compte des faits que sont : la loi d'orientation de l'enseignement supérieur, la création des U.E.R. E.P.S., la mise en place du tiers temps pédagogique dans l'enseignement élémentaire ?
Que ne prend-on en considération la politique de plein emploi des installations sportives, la tendance à la spécialisation des enseignants, la formation des éducateurs sportifs ? etc...
N'oublions pas de citer l'orientation nouvelle du S.E.J.S.L. visant la pratique sportive, ni le projet de réforme de structures du sport français né de la création du C.N.O.S.F.
Le Comité National Olympique Sportif Français est créé par un décret en date du 28 novembre 1971. Il s'agit d'une décision commune du C.N.S. et du C.O.F., qui, dans un but d'unité et d'efficacité ont décidé de fusionner. Juridiquement le C.N.S. change de titre et de statuts et le C.O.F. va procéder à sa dissolution. Il reste dans un proche avenir à faire approuver cette nouvelle confédération parle C.I.O.
Mais, substituer cette nouvelle institution aux deux organismes préexistants serait insuffisant si le C.N.O.S.F. ne se dotait pas d'un véritable instrument de travail assurant aux fédérations une gestion plus facile et d'un meilleur rendement.
A l'heure actuelle chaque fédération se trouve confrontée à des problèmes identiques : licences assurances, organisation des manifestations sportives, revues, affiches, déplacements... Chacune tente de les résoudre avec plus ou moins de réussite, les solutions de l'une étant ignorées des autres. Les dirigeants bénévoles s'épuisent à ces tâches qui les distraient de leur vocation d'animation qui est avant tout la leur.
D'où ce souhait d'une conjonction des moyens qui permettrait des économies substantielles et donnerait à ce « centre du sport français » de réels pouvoirs, plus d'harmonie et d'efficacité.
Parallèlement à la mise en place d'un tel organe de gestion, faisant un large appel à l'informatique, par exemple, le sport français se doit de définir une politique unitaire en faveur de laquelle le Président de la Fédération Française de Handball M. Nelson Paillou lance un appel dans la revue fédérale de novembre 1971.
Enfin, en abondant dans le sens d'un état d'esprit, celui de coordination, qui transparait dans ces lignes, il semble souhaitable d'étudier sérieusement l'organisation sportive mise au service des jeunes d'âge scolaire.
Devant la multiplicité des compétitions qui s'offrent à eux, ne pourrait-on créer un championnat UNIQUE pour lequel tous les organismes existants confondraient leurs efforts ?
Un championnat des jeunes, une structure horizontale substituée à une organisation verticale, cloisonnée, permettrait la pratique sportive à tous les niveaux, du débutant à l'élité de la jeunesse. Il assurerait une liaison indispensable et naturelle entre le sport des jeunes et celui des adultes.
Souhaitons pour conclure que, sans plus tarder, toutes ces questions reçoivent des réponses dans la voie d'une action d'ensemble constructive et que 1 972 ne soit pas seulement l'année des jeux de SAPPORO et de MUNICH, mais une année marquant le départ d'une véritable politique sportive française.
Ce texte reprend l'exposé introductif d'André BOURREAU présenté à l'occasion du stage « Pour une étude des facteurs communs aux sports de compétition », organisé à l'ENSEPS par la Section 2.

L'auteur : André BOURREAU

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