Imprimer Revue EP&S n°263 - JANVIER-FÉVRIER 1997

DANSE : LE HIP-HOP ET LE THÉÂTRE CONTEMPORAIN DE LA DANSE

  • Jacquie Delachet, Patricia Brouilly
  • Code : 70263-16

Les Rencontres nationales de danses urbaines ont permis aux programmateurs et aux médias la prise de conscience de la valeur artistique de la danse hip hop, favorisant ainsi l'ouverture des théâtres. C'est près de 150 représentations, notamment dans les scènes nationales qui ont été induites par la manifestation. Les compagnies venues de toutes les régions de France ont pu confronter leur démarche artistique, les amateurs se mesurer aux professionnels et le public, nombreux, apprécier la diversité des gestuelles. C'est une étape dans le long travail qu'a entrepris le Théâtre contemporain de la danse depuis 1991 et qui vise à donner à la danse hip-hop la place qui lui revient.

Christian Tamet, Directeur du Théâtre contemporain de la danse.

L'organisation des Rencontres nationales de danses urbaines à la Grande Halle de La Villette du 23 au 27 avril 1996 a permis de mesurer l'évolution du hip-hop en France depuis son arrivée (nous avions déjà parlé de cette activité pratiquée en majorité par les 12-18 ans, dans un article consacré a Sydney son promoteur, en juillet 1984).

Que regroupe-t-on sous le terme générique de « danses urbaines » ?

La danse urbaine c'est principalement le Hip-
Hop dont l'univers est la rue, la ville.
Le hip-hop est un ensemble de danses comme le smurf, la break-dance, le rap, jamaïcain d'origine avec le reggae, mais aussi issu du jazz ou de la musique funkie américaine.

Comment est né ce mouvement ? Comment s'est-il développé ?

Historiquement cela est parti de la Jamaïque où, sur la musique reggae, les rapeurs ont commencé à parler de la vie quotidienne en faisant « swinguer les mots ». Les américains ont presque tout de suite adopté cette expression et l'ont développée. Le smurf, lui, a été lancé par les enfants qui ont dansé pour imiter les schtroumpfs lorsque la bande dessinée est sortie aux États-Unis.
La break-dance est une danse acrobatique aux pas bien précis qui se pratique beaucoup au sol, avec des mouvements saccadés. Maintenant le style a changé : on retrouve les mêmes gestes mais debout. C'est devenu moins acrobatique, les mouvements sont plus souples. C'est toujours la musique et le rythme qui priment. Le principe de dissociation des membres reste une spécificité du hip-hop.
Cette forme d'expression qui a fait son entrée en Europe en 1984 (en France avec une émission de télévision animée par Sydney) s'est affirmée au fil des ans pour devenir en 1996 une véritable culture et une tendance reconnue de la danse contemporaine.

Ce mouvement est-il doté de structures ?

Non, preuve de sa grande vitalité, le mouvement a traversé ces douze dernières années, sans être « récupéré », sans disposer de structures officielles. Il est resté une activité culturelle de la rue, et si des groupes se sont formés, avec un sérieux et un professionnalisme que la danse « académique » apparemment n'attendait pas d'eux, il n'existe toujours pas d'« école » où on « enseigne » le hip-hop de façon dogmatique.
Le diplôme d'état de danse n'a toujours pas d'option « hip-hop » ou « danse urbaine » dans son contenu.

Comment se transmet cette forme d'expression ?

Le savoir-faire se transmet par les pratiquants entre eux.
On ne peut donc pas dire que l'on est actuellement passé d'une activité spontanée à un enseignement structuré. Ces jeunes troupes veulent être à la fois reconnues du grand public, et garder leur liberté d'évolution, de création, d'existence.
Les jeunes danseurs se sont groupés mais ce sont des parcours personnels et individuels qui constituent la transmission et le fonctionnement de ce style (tout se fait par des démonstrations, des performances). On ne peut vraiment pas dire qu'il y a une pédagogie du hip-hop ; le danseur crée sa danse, il la donne à voir aux autres qui prennent exemple.
Il n'y a pas de « passage obligé » mais quelquefois, les danseurs de hip-hop, pour une utilisation optimale de leur propre gestuelle vont chercher les outils pour mieux se mettre en valeur dans un espace scénique, et mieux transmettre leur savoir-faire, dans des formations de danse plus académique.
La demande de ces jeunes danseurs et leurs besoins en général c'est :
- apprendre à habiter l'espace scénique, s'y repérer, le structurer,
- trouver la relation au public, pour gagner un autre public,
- travailler la musicalité : articulation de la musique et de la danse dans un sens plus artistique,
- développer la dimension émotionnelle à travers l'expression du mouvement.

Quelle est la vocation du Théâtre contemporain de la danse ? Quelles sont ses missions par rapport au mouvement hip-hop ?

Le TCD soutient la danse contemporaine notamment en proposant aux danseurs des formations et en produisant des spectacles. Considérant la valeur artistique de la danse hip-hop, le TCD lui a ouvert sa programmation. Elle est devenue un vecteur privilégié d'élargissement du public de la danse contemporaine.
Etant donné son originalité, la difficulté fut de convaincre les programmateurs pour occuper des espaces professionnels sans dénaturer la danse hip-hop. Ainsi à travers des actions comme l'organisation des rencontres nationales de danses urbaines à La Villette, le milieu hip-hop souvent replié sur lui-même, peut conquérir une nouvelle audience. Il faut préciser que ces rencontres nationales à Paris ont été précédées de rencontres organisées au niveau régional par Lyon, Marseille, Lille, Toulouse ou Brest.
En même temps, le TCD propose des formations adaptées permettant de renforcer l'autonomie du danseur, tant sur le plan de sa gestuelle que de la composition chorégraphique, et de développer sa virtuosité.
Concrètement donc, dès 1991 le TCD accueille dans ses studios, aux côtés de compagnies contemporaines des groupes en démonstration ou en répétition. En 1992 à l'Opéra Comique devant 5000 personnes dont la moitié de jeune public, sont présentées plusieurs courtes pièces.
En 1994 « Sobedo, un conte hip-hop » est présenté au Casino de Paris. Ce spectacle par la suite a tourné en province et a été vu par 25000 spectateurs.
De nombreuses actions de sensibilisation ont accompagné la présentation du spectacle (en entreprise, ou milieu scolaire...) et la totalité des danseurs concernés sont ensuite devenus des intermittents du spectacle avec les droits afférents.
Dans ces trois dernières années, des sessions de formation ont été organisées permettant au stagiaire de se confronter aux enseignements de « voguing » Archie Burnett, de « taïchi » Thierry Bae, de « hip-hop » Brian Green entre autres... puis de Doug Elkins, de la « danse à la verticale » avec Bruno Dizien et Laura de Nercy, de l'acrobatie du mime et du jeu théâtral, du modern-jazz avec Redha Benteifour, de la capoïera avec Beija Flor.
Toutes ces sessions gratuites complètent un dispositif de formation permanente dans lequel les danseurs hip-hop ont été intégrés parmi les danseurs contemporains.
Dans le cadre des rencontres de La Villette où furent organisées de nombreuses tables rondes, des permanences « juridique » (sur les droits voisins et sur les droits d'auteur) et « santé » (sur l'échauffement et la diététique) étaient ouvertes aux pratiquants avec des consultations gratuites.
La reconnaissance des cultures urbaines a amené certains chorégraphes comme Hervé Robbe à rencontrer les rapeurs pour parler du mouvement, de la danse, de la musique, du graff, du chant, de la danse africaine. Il évoque également la communication, la séduction, la danse combat.
Les jeunes, eux, évoquent le plaisir de danser mais aussi la rage, le fait d'avoir deux danses différentes pour exprimer la séduction ou le combat.

Comment se fait la formation des danseurs de danse urbaine ?

Il n'y a pas de véritable école de hip-hop. Cependant le TCD accueille des danseurs dans ses studios et certains groupes eux-mêmes sont animés par un danseur ou une danseuse qui en même temps que la création chorégraphique, fait acte de transmission de son savoir-faire.
Citons ainsi en région parisienne, Stéphanie Nataf et José Yusté à Montreuil, Max-Laure Bourjolly à Paris avec Alex Benth, Claise M'Passi à Sevran, Jean-Claude Guilbert au centre du Marais, Thony Maskot, fondateur de « Un point c'est tout » dans le 13e arrondissement, Jean-Claude Pambe-Wayack, le groupe If (Fouad Hammani, Karl Libanus, Thierry Martinvalet)

L'auteur : Jacquie Delachet

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L'auteur : Patricia Brouilly

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