Imprimer Revue EP&S 1 n°96 - Janvier-Février-Mars 2000

Hommage à Jean Vivès

Texte lu lors de l'inhumation du 26 Novembre 1999
  • Georges Vigarello
  • Code : 80096-01

JEAN VIVÈS NOUS A QUITTÉS LE 23 NOVEMBRE 1999. IL ÉTAIT DE CEUX QUI ONT CRÉÉ LA REVUE EPS 1. IL EN ÉTAIT LE DIRECTEUR.

Extrait de l'éditorial paru dans la revue EP.S N° 167 annonçant la création de la revue EPS 1

EP.S s'adresse à ses lecteurs

Dans ce numéro de janvier, vous ne trouverez plus, regroupées sous forme de dossier, les seize pages que nous consacrions régulièrement depuis des années, au tiers temps pédagogique. Cette disparition s'explique par la création d'une revue spécialement destinée aux Instituteurs : la Revue EPS 1.

Le projet de cette nouvelle revue est né en mars 1979 au cours d'un stage regroupant P.E.N., C.P.D., C.P.C., qui, à cette occasion, s'étaient fait l'écho d'une augmentation de la demande, dans les milieux de l'école maternelle et de l'école élémentaire, concernant une information à caractère pédagogique.

Après une longue période d'études et d'investigations, il nous a semblé que les conditions d'un lancement étaient réunies : le premier numéro d'EPS 1 paraîtra fin janvier 1981. Nous avons tenu compte des avis recueillis au cours d'une enquête nationale et nous espérons avoir créé un nouvel outil de travail et de réflexion pour la préparation et l'animation des séances d'EPS à l'école.

J. Vivès

Certains d'entre nous ont vraiment éprouvé combien ils aimaient Jean Vivès lorsqu'ils ont vu la maladie l'atteindre de plein fouet. Ils ont compris ce qu'était sa force apparemment si naturelle, lorsqu'ils ont constaté qu'elle venait à lui manquer. Ils ont compris surtout ce qu'était son intelligence lorsqu'un éclat animait encore son regard dans les moments désespérants de ces derniers mois. Ils ont définitivement mesuré l'importance majeure qu'avait pour eux cet homme : il les reliait à leur jeunesse autant qu'il les reliait entre eux, il leur donnait l'intelligence d'un métier autant qu'il leur donnait l'intelligence d'un milieu, il ajoutait, pour quelques-uns encore, une inestimable proximité.

Chacun peut alors saisir combien ce serait une erreur de ramener la présence de Jean Vivès à une carrière, combien ce serait artificiel de réduire l'importance de son rôle aux étapes, fussent-elles brillantes, d'une profession. Ce qui nous rassemble aujourd'hui, soyons-en bien conscients, est moins l'hommage au parcours professionnel d'un homme que l'hommage à l'intelligence des choses qu'il a su montrer, à l'influence culturelle qu'il a su exercer, à la détermination qu'il a su, dans bien des circonstances, affirmer. Ne nous y trompons pas, Jean Vivès existait, pour la plupart d'entre nous, comme infatigable diffuseur de connaissances et incomparable propagateur d'idées. Il existait d'abord comme organisateur de rencontres, comme éditeur et directeur de revue.

Non que soit négligeable son activité d'entraîneur, Jean Vivès a entraîné les meilleurs en athlétisme, chacun le sait. Il a fait gagner des équipes au championnat de France universitaire, dans les années 1950, il les a fait gagner aux championnats du monde universitaire, il a suivi certaines d'entre elles aux Jeux Olympiques. Il a établi avec ses athlètes une relation d'amitié dont la durée a franchi les années. La présence de nombreux Pucistes ici même témoigne, plus que toute autre, de cette inappréciable amitié. Non, encore, que soit négligeable son activité d'enseignant, Jean Vivès a su, à l'École Normale Supérieure d'Éducation Physique, des années 1950 aux années 1970, former ses étudiants aux techniques modernes, leur donner le goût de la recherche, les amener à fréquenter les textes étrangers, ce qui, durant ces décennies, nous le savons tous, demeurait une rareté. La présence de nombreux anciens élèves de l'ENSEP, ici même, témoigne, plus que toute autre, de cette compétence et de cette chaleur.

Mais c'est bien comme directeur de périodiques, éditeur et propagateur d'idées qu'existe Jean Vivès et que, sans doute, il a voulu exister. Il a su bâtir une revue publiée aujourd'hui depuis plus d'un demi-siècle, dont la valeur est unanimement reconnue, dont il n'existe aucun équivalent, et de loin, dans l'histoire de l'éducation physique et sportive française, dont il n'existe aucun équivalent dans les périodiques étrangers ; une revue à laquelle nous avons tous désiré ardemment collaborer ; une revue qui est parvenue, comme jamais, à épouser les initiatives pédagogiques d'un milieu professionnel, qui est parvenue à en discerner les curiosités, les tendances, les innovations, jusqu'à quelquefois même les précéder, sinon les orienter. C'est bien cette œuvre exceptionnelle qui nous rassemble aujourd'hui. Elle nous rassemble aussi parce qu'elle nous lègue une double leçon. La première est celle de l'ouverture intellectuelle : la Revue n'a jamais pratiqué un quelconque ostracisme théorique, elle s'est voulue seulement pertinente et intelligente ; c'est bien ce qui l'a toujours rendue si précieuse, c'est bien ce qui en fait un instrument de travail inégalé pour savoir ce qui se pense en éducation physique et sportive à un moment donné. La deuxième est celle de l'exigence ; il faut se souvenir de la manière qu'avait Jean Vivès de considérer qu'aucun numéro n'était assez clair, ni assez synthétique, ni assez complet, ni assez détaillé, ni assez illustré ; il faut se souvenir de la manière dont il changeait régulièrement ses formules, de la page de couverture aux illustrations et même à la typographie, pour éviter toute routine et tout engourdissement ; la manière encore dont il prévoyait ses programmes en multipliant les rencontres, les avis de chacun, les réflexions sur plusieurs mois. C'est cette double leçon que nous nous félicitons tous de voir appliquée aujourd'hui. C'est cette double leçon qui, mieux que toute autre, rassure sur l'avenir. Il est impossible enfin de ne pas évoquer l'ami quand on parle de Jean Vivès : celui qui disait bien plus qu'il ne fallait dire dans le plus furtif des regards, celui qui faisait exister un groupe, celui qui savait donner et gagner la plus profonde confiance. Il est affreusement difficile de dire adieu à Jean Vivès. Beaucoup d'entre nous savent que, dans un paradis improbable et perdu des figures de l'éducation physique et sportive, sa parole lui est revenue pour continuer inlassablement de convaincre et de diffuser des idées. Il est affreusement difficile de dire adieu à Jean Vivès. Beaucoup d'entre nous savent que c'est bien leur jeunesse qui s'efface avec lui.

L'auteur : Georges Vigarello

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