Imprimer Revue EP&S 1 n°140 - Novembre-Décembre 2008

La dyspraxie visuo-spatiale

  • Dossier : HANDICAP : scolariser tous les eleves
  • Alain Pouhet
  • Code : 80140-08a
  • Informations

Reconnu ?handicap émergent?, les ?DYS? toucheraient 5 à 10 % des enfants. Regroupant différents troubles du langage et des apprentissages, les dyspraxies résultent d'atteintes des fonctions cognitives. La dyspraxie est une maladresse gestuelle pathologique, elle devient dyspraxie visuo-spatiale s'il s'y ajoute la difficulté d'un geste particulier : celui de regarder. On parle de dyspraxie visuo-spatiale ?développementale? si l'enfant ne présente pas de troubles associés psychologiques ou psychiatriques graves, n'a pas de déficit intellectuel, ni de handicap moteur des membres supérieurs. C'est la forme la plus fréquente des dyspraxies chez l'enfant.

Comprendre

La dyspraxie est une pathologie de la programmation et de la planification (donc de la réalisation) des gestes culturels appris : faire du vélo, ou du ski, manger avec des baguettes, écrire correctement... sont des activités qui ne sont pas ?naturelles?. Ces gestes acquis sont exécutés sans y prêter une attention particulière, sans fatigue. Ils constituent ce que l'on appelle une routine qui s'exécute naturellement et qui peut même être réalisée en même temps qu'une autre tâche. Pour l'enfant dyspraxique, malgré les répétitions et tentatives d'apprentissage, ces tâches mobilisent une attention considérable et entraînent une fatigue croissante car il est incapable de les automatiser.

L'enfant dyspraxique visuo-spatial voit bien, mais peine à organiser son regard (fixer quelque chose, suivre des yeux, calibrer les saccades oculaires, etc.). Il a du mal à situer les éléments les uns par rapport aux autres (topologie), mais également à les orienter par rapport à son propre corps (difficultés avec la notion gauche/droite, avec les obliques). Cette prise d'informations visuelles difficile touche l'ensemble des constituants de la notion complexe d'espace :

  • - pour dénombrer une collection, il oublie des éléments ou il les compte plusieurs fois ;
  • - en lecture, il risque d'oublier des lettres ou des mots, de sauter des lignes ;
  • - l'écriture est maladroite, malhabile, les lettres étant variables dans leur exécution d'une fois à l'autre ; l'énergie est consacrée à calligraphier aux dépens de la compréhension ou de la recherche de sens ;
  • - la géométrie, la lecture ou la réalisation de plan, la lecture de graphique, de tableaux... sont malaisés.

Ces difficultés s'accroissent par l'emploi privilégié d'un matériel scolaire sollicitant la vision. Elles se traduisent dans la vie quotidienne de l'élève (gestion des cahiers, cartables, etc.) et transforment la scolarité en une épreuve mal vécue, mal comprise, car l'enfant par ailleurs performant, motivé, est en réussite dans les activités scolaires intéressant la sphère verbale.

Adapter

Lorsque le diagnostic est posé, il convient de rendre accessible et compréhensible l'école et ses contenus d'apprentissage. Plutôt que d'épuiser l'enfant dans des tentatives de rééducation des fonctions déficitaires, on s'appuiera sur ses points forts et certains grands principes d'aide :

  • - structurer, baliser l'espace ;
  • - adapter la présentation et éviter les tâches de copie avec modèle ;
  • - systématiser des stratégies qui seront répétées dans d'autres contextes ;
  • - privilégier les consignes auditivo-verbales, développer l'imagination, mobiliser les représentations mentales ;
  • - éviter les ?doubles tâches? en favorisant un découpage séquentiel des activités (étayage de l'organisation et du raisonnement).

Chaque enfant est singulier : un bilan complet est nécessaire pour mettre en évidence les capacités intellectuelles préservées et retenir les adaptations pertinentes (mise en route, concentration, mémorisation, etc.)

Mettre en mots

Dans la situation scolaire, les enfants atteints de dyspraxie visuo-spatiale peuvent paraître fainéants, opposants, voire présentant une déficience intellectuelle ou des troubles psychologiques, il n'en n'est rien. Ils ont des connaissances, des capacités de conceptualisation et de raisonnement normales, parfois supérieures à la moyenne. Ils sont vifs et ont une relation riche avec l'adulte qui contraste fortement avec leur niveau de réalisation. Des années de souffrance en classe, d'incompréhension, de mises à l'écart ont pu entraîner des troubles psychologiques.

Il est important d'expliquer cette réalité aux enfants et à leur entourage : ils souffrent d'une pathologie que l'on peut nommer et dont ils ne sont pas responsables, ni eux, ni leur famille. Alors, la mise en place des aides permet d'éviter la spirale de l'échec.

Réf. bibl. : M. Mazeau, Neuropsychologie et troubles des apprentissages, Masson, 2005.

Pour en savoir plus

Lire la présentation faite lors de la 2e journée des DYS : http://ww2.ac-poitiers.fr/ecoles/IMG/pdf/Les_DYS_une_presentation_v.D.pdf

L'auteur : Dr Alain Pouhet

Médecine physique et Réadaptation, CHU de Poitiers (86)

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