Imprimer Revue EP&S n°188 - JUILLET-AOUT 1984

Smurf, Toast juice, Rap, Hip-hop, Break, Look... SPORT OU DANSE ?

Entretien avec Sydney
  • Ce dossier « SMURF » a été conçu et réalisé par, Cl. Leray
  • Code : 70188-7

Danseur, animateur d'émission de radio, de télévision, Sidney, promoteur du mouvement Hip-Hop en France, a bien voulu répondre à nos questions* concernant les sources, les caractéristiques et l'impact de ce phénomène au moment où Ies enseignants voient leurs élèves s'engager quelquefois, même avec passion, dans les pratiques nouvelles telles le break et le smurf.

Le mouvement Hip Hop on en parle pour le critiquer ou le porter aux nues. En quoi consiste-t-il ?

Le Hip Hop aux Etats-Unis est un mouvement très respecté, créé par « Fab 5 Freddy » dans le Bronx où les Blancs ne pénètrent pas. Mais lui, « Fab 5 Freddy », il est descendu à Manhattan voir les Blancs et leur dire « Vous savez dans le bronx nous les Portoricains, les Noirs, on fait quelque chose de nouveau, venez-voir » et depuis 1975 ce mouvement s'est développé. Mais ce n'est pas un mouvement où on fait le « guignol » au contraire, partant de la rue il regroupe les jeunes qui, désoeuvrés, dansent, breakent au lieu peut être de commettre quelques larcins. Il faut les encourager ces jeunes qui s'expriment, qui offrent un spectacle qu'il serait d'ailleurs normal de rémunérer. Pour breaker, il faut être en forme, il ne s'agit pas de se droguer ou de boire. Donc c'est un mouvement sain. Et si les gens en comprenaient le sens tout le monde breakrait dans les rues, il y aurait de la danse dans le métro, partout. Les breakers ne sont pas des clowns. Dans certaines cités le taux de délinquance a diminué dans des proportions saisissantes : au lieu de voler, détruire, les jeunes qui vivent le plus clair de leur temps dans la rue y dansent. Je crois que c'est un phénomène de société et peut être qu'il serait bon que les municipalités en en prenant conscience ouvrent les portes de leurs maisons de jeunes et leur donnent la possibilité de danser soit sur du lino, soit sur un morceau de carton (on tourne très vite sur du carton, mieux que sur du parquet). De la musique, un survêtement cela ne coûte pas cher, les jeunes sont prêts à faire quelque chose de bien de leurs capacités physiques et mentales.


Il ne faut pas plaisanter avec ça sinon les média vont tuer ce grand élan et tout sera fini. Au contraire, vous verrez cet été quand il va faire beau on va sortir les cartons dehors et on va breaker, ça va éclater si nous prenons ce mouvement au sérieux et je me dois de lutter contre toutes les actions publicitaires qui ne voulant prendre que le « juice » du mouvement vont à rencontre de son esprit « neuf » et « beau ». J'ai en quelque sorte importé le hip hop en France et je me sens responsable, je ne veux pas le voir dénaturer.

Il y a des mots qu'entend, qu'on emploie, tel que rap, smurf, break, sans toujours en connaître le sens. Que signifient-ils ?

Rap ? Raper c'est toaster, c'est parler sur la musique, raconter l'histoire quotidienne, faire swinguer les mots. C'est ça raper. C'est l'art de l'improvisation verbale.

Son origine est jamaïcaine. Les Américains s'en sont vite emparé chacun racontant dans son jargon ses histoires sur un thème de musique. Mais le Jamaïcain rape sur le reggae et aux Etats-Unis on rape sur la musique funkie, sur du jazz.

Et quelle définition pouvez-vous donner du smurf ?

Le créateur des Schtroumpfs, quand il a voulu vendre ses bandes dessinées aux Etats-Unis, a dû modifier leur nom car ça ne passait pas bien. Il les a appelés les smurfs. Et les gosses se sont habillés en bleu, ont mis les gants, le bonnet et ont créé la danse : le smurf.

Puisque nous en sommes aux définitions, que faut-il entendre par break dance ?

Le break dance est une danse acrobatique qui se passe au sol, il est issu des anciennes danses portoricaines de combat. Ces danses de combat ont été réactualisées. Les jeunes Américains du Bronx sont descendus dans la rue avec de gros appareils de radio, de la musique funkie, dans les clubs ils ont créé leur propre musique, les disc jockeys rapaient et pendant ce temps-là eux faisaient des danses de combat. En bref, le break dance, c'est un ensemble de danses au sol.

Il faut remarquer toutefois qu'en France à peu près systématiquement break et smurf sont associés pourquoi ?

Parce qu'ici ne connaissant pas l'origine de ces mots, les média se sont emparés des termes les plus utilisés dans la rue. On ne peut pas redonner une nouvelle grammaire, l'essentiel c'est que tout le monde se comprenne et que ça éclate.

Mais vous-même comment êtes-vous venu vers ce mouvement ?

Là, c'est mon histoire, je suis avant tout un danseur, j'ai fait de la danse, de la musique et j'ai toujours été attiré par ce qui se faisait de nouveau en danse. Je vais à New York chaque fois que je peux et c'est au cours d'un de mes séjours que j'ai découvert ce qui se passait dans le bronx mais j'avais du mal à y pénétrer. C'est de retour à Paris que j'ai pris concience du phénomène en découvrant la musique de « Afrika Bambaataa » et j'ai fait la connaissance de Freeze, l'un des danseurs de Flash Dance. On a d'abord breaké à la radio puis on m'a proposé de faire une émission télé. Mais ces danses viennent de la jungle de Porto-Rico et elles ont retrouvé une nouvelle vie dans la jungle de béton que sont les villes. Et tous ces jeunes qui habitent dans les grands ensembles, qui se sentent un peu rejetés, ils sont descendus dans la rue, ils ont regroupé, en les assemblant, les mouvements des danses de combats et en ont fait quelque chose de très athlétique, très esthétique mais très dansé.

Peut-on apparenter break dance et sport ?

Le break dance, c'est avant tout de la danse mais on peut très bien réunir danse et sport. C'est du sport, du sport mis en musique, mais la musique change et puisqu'on s'exprime sur cette musique la danse est tout le temps différente, elle appelle la création sans arrêt. Et c'est sans limite. Mais si on utilise par exemple des mouvements acrobatiques de haut-niveau, il ne s'agira pas de faire « gymnastique », il faut ausi amorcer tout un « look », se façonner une tête et lancer un défi en disant « moi je m'appelle untel, je suis de Vincennes... et vous allez voir ce que je sais faire » c'est comme dans le sport, on essaie d'être le meilleur. Je crois que chaque jeune a en lui une certaine agressivité physique à dépenser. Il peut extérioriser positivement cette énergie, elle lui donne du « juice » et il va défier son ami mais en dansant. Et quand il rentre chez lui, il dit « mince, il a été plus fort que moi », il va s'améliorer. Mais le combat est amical et sain.

Oui, mais ces jeunes sportifs de haut-niveau qui s'entraînent, pendant leur temps de loisir à smurfer. Leur mérite ne va-t-il pas être minimisé ? Ne va-t-on pas dire, c'est normal ce sont des gyms... ?

Mais il n'y a aucune raison qu'il y ait de ségrégation.
Je crois qu'au contraire ce qui est bien, c'est que tout le monde y soit dans le mouvement, que tout le monde s'éclate et puisse faire la fête. Logiquement si l'esprit du mouvement est respecté ça doit se passer comme ça. Tu vois un type qui fait un pas que tu ne connais pas, tu t'approches de lui, tu lui demandes qu'il t'explique et toi tu lui montres une autre figure. C'est un défi dans l'élégance. C'est ça je crois qui est captivant. La rivalité est dans la danse, plus dans la rue.

Mais qu'est-ce qui est le plus important, l'expression ou l'acrobatie ?

Les deux. Dans le patin à glace on note les axeles, double axeles, mais aussi le style, la chorégraphie.
Pour le break, c'est exactement pareil, on peut rencontrer un danseur qui fera peut-être moins de choses qu'un autre mais qui, par contre aura du style, une élégance, un look. Il ne s'agit pas seulement d'arriver et vlan, de faire un double saut périlleux. On dira « lui », il n'a pas compris le mouvement, c'est un gym. Il est fort mais, ça n'a rien à voir avec le break, le funk, le hip hop. Quand vous faites vos sauts périlleux arrières oubliez si vous voulez breaker de le faire en termes de gymnastique. Faites-le comme vous avez envie vous de le faire, et finissez en haut avec un grand écart. Inventez des trucs, faites des phases à vous. C'est autre chose quand vous allez au cours d'EPS où là c'est codifié, vous faites le mouvement que votre professeur exige. Mais là, c'est de la danse et il faut se lancer. Il ne faut pas que cela reste un simple enchaînement de sauts. Il faut que ce soit visuellement creazy, « Creazy legs » par exemple, c'est un gym. Lui aussi il utilisait son vocabulaire gymnique mais il terminait de façon complètement désarticulée.

Est-ce que ces danses ne s'apparentent pas à certaines techniques de jazz, en isolation, en dissociation ?

Exactement breaker, casser les mouvements, on a toujours connu cela dans la danse. Mais c'est peut-être différent. La musique d'ailleurs est différente. Toutefois il y a un fonds commun.

Existe-t-il des compétitions de break aux Etats-Unis ?

Enormément et en général les plus forts ont fait beaucoup de gymnastique. Ils sont d'une grande compétence physique qui demande qu'ils aient une vie saine.

Mais s'agit-il de compétitions codifées ?

Non c'est très libre. C'est un mouvement qui appartient avant tout à la rue et tout le monde peut arriver en disant, moi j'ai un groupe de break. On vient de tel coin on va vous montrer ce qu'on sait faire. C'est « cool » et l'idéal c'est que ça reste comme ça pour qu'un maximum de jeunes dansent. Mais très souvent le niveau atteint est absolument phénoménal. Ils sont gyms, danseurs, contortionnistes, ils n'ont vraiment plus de problème pour être au top niveau.

Et en France comment se développent les groupes ?

Partout en France, il y a des groupes qui ont envie de monter des chorégraphies, à Montpellier, à Tours, Troyes, Lyon, il y a des bandes très très fortes. Il y a des gyms, d'autres qui viennent du béton et le mouvement devraient réunir toutes les couches de la société. On va tous se mettre en jogging. C'est très chic un ensemble de joggueur tout aussi joli à mon avis qu'un smocking et toutes les classes peuvent se retrouver là.

Vous dites que l'idéal, c'est que tout le monde pratique mais on voit surtout des garçons breaker ? Il y a très peu de filles...

Oui, les filles se disent que c'est trop athlétique pour elles, mais elles commencent à s'y mettre. Elles vont « craquer » et dire « bon les gars, vous avez bien breaker maintenant c'est notre tour ».

Vous dites qu'on ne peut pas parler de codification cependant quand vous présentez vos émissions, vous démontrez quelque chose...

A la télévision, j'ai deux minutes pour expliquer un mouvement et il me faut le décomposer pour le présenter le plus simplement possible et toucher un maximum de gens, il faut que je le démontre lentement, et dans le laps de temps très court.

Les mouvements que nous avons étudiés tout à l'heure ensemble (cf. pour les mouvements de base : la leçon), me semblent très « nets ». Vous ne faites pas n'importe quoi ?

Il faut bien prendre les choses par un bout pour les expliquer aux autres. Beaucoup me disent « Sidney tu as démontré la marche arrière, mais je ne la montrerai pas comme ça ». Et c'est vrai, il y a quinze mille façons de la faire. Je montre quelque chose et puis après il faut laisser libre cours à l'imagination du danseur, ne pas la brider, la bloquer. Il changera le mouvement de tête, il aura son style.

Mais vous pensez que smurf ou break qui veut ?

Oui, ça n'est pas phénoménal à condition de prendre quelques précautions... Je crois qu'il faut prendre cette discipline comme d'autres spécialités sportives. Quand on va faire du ski on s'équipe, on s'entraîne. On va à la piscine, on met son maillot de bain. Il s'agit d'une ambiance qui entoure toute pratique.

Existe-t-il des cours de smurf ou de break ?

Cela démarre je dis presque malheureusement car le mouvement risque de se noyer.
Je suis contre les cours et pourtant j'en donne. Mais je n'aime pas ce mot-là. Plus qu'une leçon, il s'agit de transmettre un certain esprit. Dans mes cours, j'ai des gens de soixante ans et aussi des petits gosses de cinq-six ans. Et pendant une heure et demie c'est la fête. On est au sol, je leur montre une multitude de choses et là j'ai l'impression de répondre à l'attente des gens qui ne descendent pas dans la rue, qui n'ont pas de copains et qui se retrouvent là pour faire quelque chose ensemble et rencontrer d'autres gens. Mais il ne faut pas brusquer les choses et peu à peu ils font des trucs qui semblent au départ impossibles, ils me montrent à leur tour ce qu'ils ont trouvé et c'est sans limite.

Les enseignants d'éducation physique sont souvent sollicités par leurs élèves qui veulent breaker. Quels conseils pourriez-vous leur donner ?

Je dirai d'abord que les enseignants doivent rappeler à leurs élèves que d'une part certains mouvements demandent à être faits avec beaucoup de prudence et que réchauffement est indispensable. On peut se « casser » au sens propre du terme.
Il faut savoir aussi que les breakeurs même si ce sont d'anciens gyms portent tous des protections : genouillères, coudières, mieux on est protégé mieux ça vaut.
J'ai un frère professeur d'éducation physique et bien entendu ses élèves sont venus lui demander des cours de break. Il arrive parfaitement à insérer cette activité dans son enseignement, les jeunes sont intéressés c'est une dimension qu'il faut prendre en compte.

N'y a-t-il pas quelque danger à inciter les gens à faire des acrobaties sans qu'ils y soient réellement préparés ?

Non. Il faut être sain d'esprit. Moi je ne ferai pas de saut périlleux arrière. Je ne suis pas fou. Il faut danser, aimer la musique. Comprendre le mouvement. C'est ça qui est important. Je reçois 300 lettres par jour de France, de Suisse, de Belgique et des Dom-Tom. Cette danse et les explications mimées que je donne à la télévision sont comprises par les sourds-muets. Je n'avais pas pensé à eux au départ mais ils ont été touchés. Mais il y aura toujours des gens pour dire « ce sont des clowns, ça ne ressemble à rien ». En fait, ils ne connaissent pas le mouvement, ils ont peur. Ils nous croient tombés sur la tête. Ceux qui nous critiquent moi je crains que ce soient eux qui aient réellement des problèmes. Et aux détracteurs moi je dis : « coucou » !

Notes :

LE SMURF ET LA PRESSE

Extrait de « Le Malin ». Vendredi 3 février 1984. pp 30-31. Rubrique « Lire, écouter, voir ».
Quelques disques pour danser le smurf...
-Herbie Hancock : « Rock it » (maxi 45 t. CBS).
-West Street Mob : « Break Dance Electric Dance » (maxi 45 t. Vogue).
-Grand Mixer DST : « Crazy Cuts » (maxi 45 t, Carrere).
-Break Machine : « Street Dance » (maxi 45 t. Epic).
-Time Zone : « Wild Style » (maxi 45 t, Carrere).
-Grand Master Flash et The Furious Five : « Grand Master Flash On The Wheels Of Steel » (Maxi 45 t. Vogue), « The Message » (maxi 45 t, Vogue), « White Lines » (maxi 45 t. Vogue).
-Planet Patrol (33 t. Polydor).
-Freez : « Gonna get you » (33 t. Virgin).
-Rock Steady Crew : « Hey you (maxi 45 t. Virgin).
-Afrika Baambaata : « Zulu Groove » (maxi 45 t, Carrere), « Planet Rock » (maxi 45 t, Polydor), « Looking For The Perfect Beat » (maxi 45 t, Polydor).
-Bernard Wright : « Funky Beat » (33 t, Ariola).
-Malcom X (genial montage de discours du grand leader noir assassiné en 1965 sur fond d'electro-funk concocté par Keith Le Blanc) : « No Sell Out » (maxi 45 t. Tommy Boy Records. Import).

Extrait de « Libération ». Jeudi 9 février 1984. p. 18. Rubrique « Musique ».
Le smurf possède une force d'attraction mystérieuse qui incite à l'imitation, même timide, même sceptique, rien que pour se prouver qu'on peut le faire... Signe qui ne trompe pas, les enfants l'adoptent sans discuter : on en a surpris à improviser un ballet smurf dans la cour d'une école maternelle « pour faire comme Michel Jacksone à la télé, dans Frilère », et les pions ne savent plus où donner de la tète devant les compétitions qui s'improvisent dans les lycées. La télévision anglaise leur offre même une émission nommée Rat Rap où un rat en peluche les fait tortiller sur de la musique funky : sidérant !

Extrait de « Le Monde des Loisirs ». Samedi ? avril 1984. p. 15. Rubrique « Epoque ».
Lundi 17 heures, station Stalingrad : tennis, survèt enfilé dans les chaussettes. K-way et casquette de base-ball, tenue de rigueur. Jamal, treize ans, et Patrick, un demi en plus, sortent de l'école. Un Beur, un Black. Le sac de sport en toile plastifiée a remplacé le cartable. Ils discutent sur le quai et tout à coup, hip, comme si de rien n'était, hop. le geste fatidique : le bras fait la vague, la jambe conclut sur le côté.

Extrait de « Le Point » n° 601. 26 mars 1984. p. 94. Rubrique « Vogue ».
Le smurf, dissertent les sociologues, est un phénomène comparable au blues. Comme dans le blues, les paroles du rap, la musique des smurfers, décrivent la vie des minorités par le menu : démêlés avec l'administration, le propriétaire d'immeuble, l'employeur... Avec cette différence : le smurf est résolument optimiste. « Entre nous, confie Zoo-Zoo, un Camerounais de 12 ans qui se produit le dimanche aux Halles, casquette de base-ball de côté, on s'appelle « frère ». « s?ur ». Le smurf m'a permis de sortir de ma banlieue, de rencontrer des gens. Dans la rue, on m arrête, on me demande de faire une démonstration »...

LE GROUPE « ACROBATIC FORCE »

Cinq garçons qui pratiquent la gymnastique au haut niveau, inscrits dans une classe sport-études de l'INSEP ont, pendant leur temps de loisir, constitué un groupe de breakeurs : « Acrobatic-Force ».
Ils ont présenté à Sidney leur chorégraphie le jour de l'interview et ont également joué le rôle d'élèves pour la mise en place de « la leçon ».

« On est venu au smurf-break sans aucune ambition de faire quoi que ce soit ; uniquement pour se détendre après les entraînements qui sont souvent durs. Quand l'un d'entre nous a vu l'émission hip-hop, on s'est rendu compte qu'avec nos qualités gymniques, pouvions envisager de monter un groupe de « break-dance ». Nous sommes allés prof de danse de l'INSEP pour qu'elle nous aide à monter une chorégraphie en vue donner un spectacle à l'INSEP. Quand un jour, un rédacteur de la Revue EPS est nous voir pour nous proposer de smurfer devant Sidney. Cela nous a poussé à continuer, mais toujours dans un esprit serein sans pour cela délaisser la gym qui reste toujours notre principal objectif ».

M. Tzipkine, professeur de danse à l'INSEP, chorégraphe du groupe "Acrobatic Force" : Que pense la spécialiste que vous êtes du smurf et du break ?

 

"Cinq garçons fous de « gym », de « smurf », de « break », enthousiastes, « pétillants » d'idées ont eu envie de créer une chorégraphie où se mêleraient à la fois difficultés gymniques acrobatiques, smurf, break-dance et... danse ; qui refléterait leurs fantastiques qualités physiques de gymnastes de haut niveau et leur permettrait d'inventer, de créer, « leur forme d'expression », j'ai accepté de les mettre en scène, de les aider à s'organiser dans le cadre de leurs loisirs. D'un travail individuel d'une haute technicité où chaque difficulté est codifiée, exigeant la plus grande maîtrise corporelle, organisée rythmiquement, précisée parfaitement dans l'espace, ils sont passés à un travail collectif, de recherche, de création, de mise en place. Ils ont appris à discuter chaque idée, à respecter l'autre, à partager l'espace. Ils ont cassé, saccadé, ralenti, accéléré, changé le dynamisme des mouvements, changé de plan, orienté les regards, trouvé à travers les « mille » figures de smurf inventées, leur propre style, leur personnalité.   Ils ont « fait de la danse » ; ils ont appris à maîtriser leur corps différemment, en isolant, dissociant, cherchant à sentir leur centre de gravité sur l'appui pendant les tours en dedans, tours en dehors ; mais aussi, à trouver un vocabulaire propre les mettant en valeur et, surtout... à travailler en musique, à respecter le tempo et « jouer » avec lui. Nous avons donc créé cette chorégraphie, et maintenant, ce sont cinq garçons fous « d'accro », de smurf, de break... de danse".

 
Michel Boularand, entraîneur de gymnastique, professeur d'EPS.

Les chorégraphies gymniques peuvent-elles s'enrichir de certains éléments de smurf et de break ?

J'insiste sur le fait qu'entraîneur de gymnastique, je n'entraîne pas ces jeunes à smurfer ; ils le font dans leur temps libre et pour le plaisir ; mais, gym et smurf, voilà deux pratiques intimement liées.
Le smurf, c'est de la danse et on peut le considérer comme un support de l'activité gymnique. D'ailleurs, chez les garçons, il faudrait trois heures par semaine de danse pour combler certains manques au niveau du rythme.
Outre la détente que cela peut apporter à ces jeunes, je crois, de plus, que cette activité, qui demande une grande indépendance segmentaire, ne peut être que bénéfique à leur pratique de gymnastes.
Ce que je peux constater, c'est que ces gymnastes qui se sentent souvent seuls, jugés, ont trouvé une nouvelle motivation et ceci grâce en partie au groupe qu'ils ont formé et qui les entraîne dans une nouvelle dynamique.
La gymnastique qui demande une grande tenue du corps a des aspects rigides ; ces pratiques de smurf et de break ne peuvent que contribuer à libérer les athlètes en leur offrant d'autres moyens d'expression.
Mais, attention, il s'agit d'être prudent. Il ne faut pas croire que tout le monde peut réussir ces exercices que l'on voit, par exemple, à la télévision. Il faut savoir que ces « breakeurs » ont fait parfois 15 ans d'entraînement de gymnastique.

Le Service audio-visuel de l'INSEP prépare avec ces 5 gymnastes de haut niveau un film sur « La gym et le smurf».

Entretien préparé par M. Boularand, M. Tzipkine, C. Leray, P. Robert, P. Couzan, M. Mahmoudi, J. Medina, J. Maaoui, P. Mattioni.

Coordination du dossier : C. Leray.

L'auteur : Ce dossier « SMURF » a été conçu et réalisé par

L'auteur : Cl. Leray

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